Le BUMIDOM (Bureau des MIgrations de l'Outre-Mer) a été créé à Paris en 1963. Pour la France, à la fin de la Guerre d'Algérie, les départements d'outre-mer déstabilisés par la misère et les mouvements sociaux répondent aux besoins de main d'œuvre non qualifiée. Si le BUMIDOM affiche une vocation sociale, il organise une migration de masse vers la métropole. Pendant 20 ans, des milliers d'antillais, guyanais et réunionnais vont voyager sans retour pour devenir postiers, agents RATP, agents des hôpitaux, femmes de ménage...
Ce film est un recueil de témoignages intergénérationnels et authentiques. Il raconte une désillusion historique méconnue des français de France et d'ailleurs. Le documentaire proposé commence par une reconstitution du protocole de départ : visite médicale sommaire – départ en bateau pour le Havre – arrivée en train réservé sur Paris – accueil par les familles et amis. Les témoignages émus de retraités complètent les informations déjà prenantes. Avec pudeur, les bumidomiens racontent leurs luttes et leurs échecs (discrimination au logement, racisme ordinaire, prostitution...). La solitude du français noir était une souffrance soulagée parfois par la solidarité des associations.
Certains ont réussi ; mais après la retraite, leur retour au pays natal est décevant. Ils ne sont pas intégrés car pas pareil. Aujourd'hui, les enfants de bumidomiens nés en métropole subissent les difficultés d'intégration propres aux populations issues de l'immigration. Ils ne supportent pas leur étiquette de négropolitains. Ils parlent créole mais refusent de vivre aux Antilles (le Bled) ou alors n'y vont pour certains que pour les vacances. La deuxième génération, héritière de cette situation, enrage. On a déplacé leurs ancêtres d'Afrique vers les îles, puis des îles vers la France. On leur a donné un travail comme une banane à des singes en cage, pour qu'ils se calment. Pour eux le BUMIDOM c'est la banane du siècle. Les personnalités engagées donnent leurs points de vue. Aimé Césaire voit dans le BUMIDOM une substitution du sauvage par le métropolitain. Pour Lilian Thuram, être un français noir et chercher la vérité sur son identité est une démarche dérangeante assumée.
Le public a manifesté son émotion à la fin de la projection.
Beaucoup ont tenu à remercier les auteurs. Le film a souffert de limites financières mais l'effet est réussi. Si certains se demandent encore à qui s'adresse ce travail ?, le public a apprécié la liberté de ton chez les témoins. Pour quelques-uns, le caractère subjectif du documentaire est troublant. Michel Reinette revendique une subjectivité. Il veut faire débat. Ce film est, pour lui, une démarche esthétique de conscientisation pour que les gens du monde entier voient la vérité et en tirent quelque chose pour eux-mêmes.
source : http://www.gensdelacaraibe.org/